Chronique des événements courants

11 mars 2015 : Les castes communistes en Corée du Nord

Depuis plus de soixante ans, le régime communiste a établi en Corée du nord un systéme de stratification sociale inspiré de la nomenklatura soviétique sous le nom de "songbun"".

On trouvera ci-dessous des extraits d'un article publié dans NK News et traduit le 9 mars par Le Courrier International qui donne à ce sujet d'utiles précisions :

Le songbun divise les citoyens en cinq catégories très strictes dont l'appartenance détermine votre lieu d'habitation, votre carrière et presque toute votre vie sociale.

Clef de voûte de la structure sociale nord-coréenne, le songbun est un système très strict de classification de la société qui a été mis en place par le premier président de Corée du Nord, Kim Il-sung [à la tête du pays de 1948 à 1994]. Créé à la fin des années 1950 il est opérationnel depuis 1967. Il définit des catégories de population en fonction du statut et du comportement des ancêtres paternels de chaque individu pendant la colonisation japonaise et jusqu'à la guerre de Corée [1950-1953].

Le songbun détermine par exemple qui a le droit de vivre dans la capitale ou dans les villes spéciales comme Kaesong [près de la frontière avec la Corée du Sud] et Rason [près de la frontière avec la Chine], à quel métier un individu peut prétendre et quelles études il peut suivre.

Le songbun a fait l'objet de plusieurs travaux académiques mais la plupart sont malheureusement dépassés, incomplets ou les deux. Les chercheurs n'ont pas accès aux documents de l'administration nord-coréenne et les informations relatives au songbun sont toujours confidentielles.(…)

La société nord-coréenne est aujourd'hui divisée en cinq catégories : il y a les "spéciaux", le "noyau", les "basiques", les "complexes" et les "hostiles".

Les études précédentes ne mentionnaient que trois classes, la catégorie "spéciale" ayant été jusque-là largement ignorée. L'introduction de la catégorie "complexe" quant à elle ne date que des années 2000. Le "noyau" est par défaut le groupe standard. Les individus "spéciaux" sont extrêmement rares et bénéficient de nombreux avantages, tandis que les "basiques" (également appelés "incertains") font l'objet de légères discriminations, qui ne sont néanmoins pas insurmontables. Par contre, les individus "complexes" et "hostiles" sont très mal traités.

Seuls les membres de la famille dirigeante feraient exception à la règle et échapperaient à toute catégorisation (même si cela reste à vérifier).

Le songbun est défini par deux facteurs : le songbun héréditaire et le songbun social. Le premier est déterminé par le rang social et l'attitude de vos ancêtres paternels. Votre grand-père a combattu aux côtés de Kim Il-sung et est toujours resté proche du "grand leader" ? Félicitations, votre songbun héréditaire ne pourrait être meilleur. Etait-il fonctionnaire dans l'administration coloniale, ou pire, membre d'un mouvement d'indépendance devenu hostile à Kim Il-sung ? Dommage, votre songbun est déplorable : vous n'avez à peu près aucune chance de faire carrière où que ce soit, et il est fort improbable que vous mettiez un jour les pieds à Pyongyang. La capitale de la révolution n'est pas faite pour les descendants de traîtres.

Le songbun social, lui, dépend de votre place dans la société : ouvrier, paysan, militaire, professeur, policier, etc. Il existe toutefois deux catégories qui priment sur toutes les autres : les "membres du parti" et ceux à qui le "cher leader" a accordé "l'honneur d'un entretien" (ce qui les place encore au-dessus des membres du parti). Ce dernier groupe, assez étrange, mérite d'être décrit plus en détail. Entrent dans cette catégorie les rares Nord-Coréens ayant pu s'entretenir au moins vingt minutes avec le leader et prendre une photo à ses côtés. Ce qui explique la présence parfois de milliers de personnes sur les photos officielles publiées dans le Rodong Sinmun, l'organe du Parti : le songbun de tous ces gens s'améliore d'un coup.

Le songbun détermine de nombreux aspects de la vie des Nord-Coréens. Si le vôtre n'est pas suffisamment bon, vous ne pourrez pas vivre à Pyongyang. Même brillants, les individus affligés d'un mauvais songbunne peuvent généralement pas entrer dans de bonnes universités. Vous ne serez jamais professeur ou agent de police non plus si votre songbunn est pas assez bon.

Quant à rejoindre les rangs de la police secrète (ce dont rêvent de nombreux Nord-Coréens), il faut pour cela afficher unsongbun impeccable jusqu'à la sixième génération. Notons toutefois que les quotas de nourriture et d'autres biens distribués par l'État n'ont jamais été directement fonction du songbun mais du métier.

Peut-on changer de songbun ? Concernant la composante héréditaire, la réponse est presque toujours non, même si la corruption bat des records dans le pays... Le songbun de chaque individu est conservé à quatre niveaux : l'administration locale, la police, la police secrète et les organisations dont vous êtes membres (à savoir le Parti, le syndicat des femmes, un syndicat ouvrier, le syndicat paysan ou la Ligue de la jeunesse communiste). Il est très risqué pour les bureaucrates nord-coréens d'accepter un pot-de-vin pour modifier un songbun. N'importe quel inspecteur peut en effet découvrir l'anomalie : comment tel individu pourrait-il faire partie du "noyau" alors que sa sœur et son père appartiennent à la catégorie "complexe" ?

Kim Jong-un, petit-fils du fondateur Kim Il-sung (mort en 1994), et fils de Kim Jong-il (mort en 2011) dirige la Corée depuis 2012. On prétend qu'il souhaite réformer se système, l'argent étant désormais plus puissant que l'État en Corée du Nord. À suivre par conséquent. En savoir plus : Le Courrier International

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