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Le président des États-Unis lors de sa dernière conférence de presseRussie – Occident : l'avertissement du président Obama

En ligne le 16 décembre 2016

Le 16 décembre à la Maison-Blanche, au cours de sa dernière conférence de presse de l'année le président américain a rappelé la ligne de conduite des États-Unis vis-à-vis de la Russie.

"La Russie, considère-t-il, est un pays plus petit, un pays plus faible, leur économie ne produit rien que quiconque veuille acheter mis à part du pétrole, du gaz et des armes. Ils n'innovent pas." Mais "Poutine peut nous affaiblir comme il tente d'affaiblir l'Europe si nous commençons à admettre l'idée qu'il est acceptable d'intimider la presse, ou d'enfermer les dissidents, ou de discriminer les gens sur la base de leur foi ou de leur apparence."

Or, la grande question qui agite encore l'opinion institutionnelle à Washington est celle des cyberattques et notamment de l'influence qu'ont pu exercer sur les électeurs, lors scrutin de novembre, les révélations distillées pendant la campagne électorale mettant en cause Hillary et Bill Clinton.

Il serait évidemment plus que naïf de penser que ce genre de questionnement et de manipulations serait impensable en Europe.

Françoise Thom, historienne, maître de conférences à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Russie, soulignait ainsi dans Le Monde des Idées en ligne le 23 novembre que "La France subit la propagande du Kremlin depuis des années", considérant que la vassalisation de l’Europe est en cours, cette entreprise étant menée de longue date depuis Moscou et commençant à porter ses fruits scrutin après scrutin :

Ces derniers mois, dit-elle, les dominos tombent les uns après les autres : presque tous les scrutins tenus dans le monde occidental et l’espace postsoviétique donnent le résultat voulu par le Kremlin. Référendum néerlandais sur l’accord d’association avec l’Ukraine, Brexit, élection de Trump, victoire du parti du Centre prorusse en Estonie, élection du prorusse Dodon en Moldavie, du prorusse Rumen Radev en Bulgarie, victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite : la liste s’allonge quotidiennement.

La patiente stratégie de prise de contrôle des élites et des opinions étrangères par le Kremlin, lancée depuis l’arrivée aux commandes en 2000 de l’équipe du KGB autour de Poutine, commence à porter ses fruits.

Les méthodes sont simples et calquées sur celles qui ont fait leurs preuves en Russie pour obtenir la mise au pas du pays : compilation de dossiers compromettants sur les personnalités qui comptent, corruption, chantage, promesses d’avancement voire de propulsion au pouvoir, contrôle des médias (par les mêmes procédés), contrôle des thèmes de propagande.

Les méthodes de mise sous influence de l’opinion ont été affinées, souligne aussi Françoise Thom, à partir de 2014 avec une utilisation massive des réseaux sociaux, et là encore l’application des techniques éprouvées qui permettent au régime poutinien de manipuler l’opinion russe : excitation constante des émotions, à commencer par la haine et la peur ; bombardement radioactif de faits divers, souvent falsifiés ; développement de ce qu’on peut appeler une "conscience apocalyptique" autour du mythe de la "fin de l’Occident", qui conditionne les populations à consentir à l’abandon des libertés et leur fait souhaiter l’avènement d’une forte poigne. Tout cela débranche l’esprit critique et engendre l’indifférence à la vérité.

La dangerosité de la Russie, absente du débat électoral La France est travaillée en profondeur par la propagande du Kremlin depuis des années. Au point que le danger que représente la Russie est totalement absent du débat électoral. Surtout pas de retour à la guerre froide, nous dit la Russie, nous faisant oublier que la guerre froide a commencé quand les Occidentaux ont cessé de céder à Staline et que nous lui devons notre liberté.

Or qu’avons-nous aujourd’hui ? Une Europe désarmée, divisée et démoralisée. Une Amérique tentée par l’égoïsme national et l’isolationnisme. En face, l’État russe, tout entier adonné à un projet de puissance, qui consacre l’essentiel de son budget à l’armée et aux services spéciaux, qui teste quotidiennement les défenses des pays de l’Alliance Atlantique (OTAN), qui entretient chez lui une psychose de guerre chronique, qui, à l’étranger, a déployé un prodigieux réseau d’agents, bien supérieur en nombre à celui existant pendant la guerre froide.

Un État qui a déjà dépecé deux de ses voisins et qui ne dissimule même plus sa prétention à dicter l’issue des scrutins tenus sur le continent européen. Un État qui, à l’évidence, nourrit un projet de vassalisation du Vieux Continent : car le déclin continu de l’économie russe rend indispensable à Moscou la mainmise sur les ressources financières et technologiques de l’Europe.

Aveuglement Un précédent gouvernement français de droite a déjà donné la preuve de son aveuglement en secondant l’entreprise de modernisation de l’armée russe à partir de 2009, au moment où le démembrement de l’État géorgien aurait dû lui ouvrir les yeux sur les ambitions du Kremlin.

L’encouragement alors donné à Moscou est la cause directe de la guerre russo-ukrainienne, quand Poutine s’imagine que l’Occident ne réagira pas à l’annexion de la Crimée et des provinces orientales de l’Ukraine. Une France gouvernée par le "parti russe" devra s’associer aux aventures militaires du Kremlin, devenir son instrument dans l’achèvement de la désagrégation de l’Europe et de l’OTAN.

Après la victoire de Fillon au premier tour de la primaire de la droite, une publication russe titrait "Le Trump français fera éclater l’Europe". Est-ce vraiment un ordre international où règne la loi du plus fort que nous souhaitons ? La Russie n’en reconnaît pas d’autre.

Nos souverainistes, si sourcilleux de notre indépendance quand il s’agit des États-Unis, s’alignent sans états d’âme sur les positions du Kremlin, même les plus scandaleuses, comme on l’a vu à droite et à gauche au moment de la guerre hybride contre l’Ukraine.

Culte de la force brutale Et qu’obtiendrons-nous en échange, demande enfin Françoise Thom, de notre entrée dans l’orbite russe ? Le pouvoir de Poutine a considérablement appauvri la majorité des Russes, forcé des millions d’entre eux à choisir l’exil, imposé au reste une propagande abrutissante charriant la haine et le mensonge. Et c’est dans ce pays que notre droite cherche son inspiration ?

Aujourd’hui, elle croit se ressourcer dans les "valeurs traditionnelles" brandies par Moscou. Elle ne comprend pas le fondement de la propagande russe : les idées ne sont mises en avant que de manière instrumentale par les hommes du Kremlin, pour favoriser la réalisation de leurs objectifs de puissance.

Alors qu’en Europe ils présentent la Russie comme le rempart de la chrétienté contre l’islam, les mêmes hommes tiennent à leurs interlocuteurs musulmans un discours opposé, les exhortant à une solidarité entre traditionalistes contre les "valeurs occidentales". Si notre droite souhaite réellement revenir aux vertus qui ont fait le rayonnement de l’Occident, elle doit se souvenir que parmi elles on trouve en bonne place le respect de la vérité, la recherche du bien commun, le sentiment du droit et de l’honneur.

La Russie poutinienne, conclut Françoise Thom, avec son culte de la force brutale, sa passion du mensonge, travaille depuis des années à nous faire oublier ces vertus après les avoir effacées chez elle. Car, tant qu’elles subsistent, la fusion de l’Europe avec l’Union eurasienne de Poutine ne pourra s’accomplir.

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