logo ihs

L'attentat du 19 décemreBerlin: l'organisation État islamique derrière l'attentat

En ligne le 21 décembre 2016

Perpétré dans la soirée du lundi 19 décembre, l'atroce attentat de Berlin portait la marque de fabrique de l'organisation État islamique. Son mode opératoire était, d'ailleurs, à peu près identique à celui de Nice du 14 juillet. Faisant fi de la prudence nécessaire des enquêteurs, et des diverses langues de bois médiatiques, un certain nombre de fausses revendications ont commencé à circuler sur les réseaux sociaux. La vraie revendication, celle de l'organisation État islamique, diffusée par son agence Amaq n'est intervenue que 24 heures plus tard.

Correspondant du Figaro à Berlin, Nicolas Barotte faisait ainsi le point le mardi 20 décembre à 21 h 04 :

Les premières heures de l'enquête n'ont apporté aucune réponse. La journée de mardi s'est même terminée sur un échec pour les autorités allemandes, voire un affront. Près de 24 heures après l'attentat du marché de Noël de Breitscheidplatz, à Berlin, le groupe État islamique a revendiqué l'attaque via son agence de propagande Amaq. Les terroristes n'ont donné aucune indication sur l'identité du "combattant" responsable de la tuerie comme pour narguer les enquêteurs, qui ont dû admettre en fin de journée s'être fourvoyés au début de leurs investigations. On croyait en effet l'auteur de l'attentat arrêté dans la nuit de lundi à mardi.

Mais au fil de la journée, les autorités ont d'abord appelé à la prudence, puis elles ont indiqué que l'individu interpellé, un réfugié d'origine pakistanaise, "niait le crime". "Il n'est peut-être pas le conducteur", a ensuite prévenu mardi à la mi-journée le procureur fédéral Peter Frank. Vers 19 heures, il était remis en liberté. L'enquête n'a pas pu conclure à son implication dans le drame. "Nous avons probablement un criminel dangereux dans la nature", a concédé le chef de la police berlinoise Klaus Kandt dans la journée.

Les autorités, qui assurent ne négliger aucune piste depuis le début, poursuivaient donc leurs investigations mardi soir "dans toutes les directions". "Il faut laisser les forces de sécurité faire leur travail. Personne ne s'arrêtera tant que le ou les auteurs n'auront pas été arrêtés", a assuré le ministre de l'Intérieur Thomas de Maizière dans la soirée.

Plusieurs personnes pourraient être impliquées dans l'attentat, comme le pense aussi le patron de la société de transports polonaise qui avait affrété le camion. Il a bien identifié son cousin comme la victime morte par balle dans la cabine du camion. "Une seule personne n'aurait pas eu raison de lui", a affirmé Ariel Zurawski en décrivant des traces de coups sur le corps du chauffeur qui mesurait 1,83 m et pesait 120 kg. L'arme du crime, utilisée vraisemblablement pour l'assassiner, n'avait pas été retrouvée mardi en fin de journée. Une information jugée "alarmante" par la police criminelle. Mardi, la police a conseillé aux habitants de Berlin de rester "vigilants" et lancé des appels à témoins. Elle a déjà reçu plus de 500 messages.

L'affaire avait été confiée "à la section antiterroriste" dans la journée. "La cible et le modus operandi" plaident pour un attentat, confirmait le procureur fédéral de Karlsruhe Peter Frank avant même la revendication de Daech. Le camion meurtrier qui, comme à Nice en juillet, a foncé dans la foule, a causé la mort de 12 personnes et blessé 48 autres, dont une trentaine grièvement. Dans la nuit de mardi à mercredi, 14 personnes se trouvaient encore dans un état critique.

L'attentat est intervenu lundi soir vers 20 heures dans le quartier de Charlottenburg dans la partie ouest de la capitale allemande. Après avoir vraisemblablement fait un tour de repérage, selon des informations des médias allemands, un poids lourd de 38 tonnes immatriculé en Pologne a quitté la route pour se diriger droit vers les cabanes du marché de Noël de Breitscheidplatz, au pied de l'église du Souvenir. Le chauffeur a cherché "délibérément" à faire des victimes, a confirmé la police. Après avoir pulvérisé des cahutes et renversé un sapin de Noël, le camion s'est immobilisé au bout de 50 ou 80 mètres, bloqué par le mobilier urbain. Aucune mesure de sécurité spécifique n'empêchait l'accès au trottoir. Pour les autorités allemandes, il est malheureusement impossible de sécuriser toutes les cibles potentielles des terroristes.

Appelés à 20 h 07, les pompiers sont arrivés sur place en quelques instants. Les personnes choquées ont été évacuées, les premiers secours ont été portés aux victimes. "130 pompiers ont été mobilisés", a rapporté un porte-parole dans la nuit. Le quartier a été bouclé par des services d'ordre sur les nerfs. Une fois le travail des secouristes terminé, les enquêteurs ont procédé au relevé d'indices sur place.

Mardi, les autorités allemandes se montraient lucides à l'extrême sur la menace terroriste en Allemagne. "Le risque n'est pas plus élevé aujourd'hui qu'hier, a déclaré le chef de la police berlinoise Klaus Kandt. Hier, la menace s'est seulement réalisée." Le ton était glaçant et l'attitude des enquêteurs peu rassurante. Interrogé pour savoir s'il se rendrait lui-même sur un marché de Noël, le procureur Peter Frank a répondu avec franchise : "Pour (la sérénité de) mes proches, je ne me rendrai personnellement pas sur un marché de Noël" Pour autant, il a recommandé à ses concitoyens de ne pas renoncer à leur mode de vie: "L'objectif du terrorisme est de changer nos sociétés et qu'elles abandonnent leur liberté" Après la revendication, en début de soirée, l'enquête a tourné à la course contre la montre, pour empêcher que le ou les terroristes ne frappent de nouveau, les autorités mettant en garde contre de possibles nouvelles attaques.

Revenir au fil de nos chroniques →  Recevoir nos mises à jour

Tweet