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John Kerry au Vietnam

En ligne le 16 janvier 2017

Le monde entier retient son souffle ; vendredi 20 janvier, Donald Trump sera président des États-Unis.

Sur l’Europe, on peut légitimement s’inquiéter : il s’est ouvertement réjoui du "Brexit" dont il fait curieusement une conséquence de l’accueil des immigrés du Moyen-Orient par l’Allemagne.

Mêmes inquiétudes concernant ses rapports avec la Russie. Les rapports avec Moscou ne sont pas éclaircis : il a nié avec force être, d’une manière ou d’une autre, l’obligé des services secrets soviétiques mais il n’a pas non  plus retiré ses propos élogieux à l’adresse de Vladimir Poutine.

Il s’est tu sur les derniers événements en Amérique latine : il n’a pas réagi à la nomination du très chaviste Al Aissimi à la vice-présidence du Venezuela ni à l’abandon tout récent par Obama des privilèges accordés aux réfugiés cubains.

En Asie orientale, cependant, il semble partisan d’une approche déterminée face à la Chine communiste et à ses avancées militaires en mer de Chine du Sud. Donald Trump semble devoir ainsi rejoindre les préoccupations de son prédécesseur en Asie orientale. Obama s’était montré désireux de nouer des liens étroits avec les pays qui se sentaient menacés par la politique expansionniste de Xi Jin-ping, notamment avec le Vietnam. La visite récente au Vietnam de John Kerry l’illustre bien. Michael Peel, correspondant du Financial Times à Bangkok, la commente ainsi le 13 janvier dernier :

John Kerry tire le rideau sur ce qui a été l’axe de l’administration Obama en Asie, avec un voyage au Vietnam, un pays qui se trouve au cœur de la lutte pour la sécurité internationale dans les mers de la région.

Le port en eau profonde de la Baie de Cam-Ranh, qui avait servi de base pour la Russie, le Japon et les États-Unis au cours d’une histoire chargée en épisodes, a émergé de nouveau comme élément d’une embrouille stratégique entre les grandes puissances.

La visite du secrétaire d’État américain en partance, John Kerry, vétéran de la guerre du Vietnam, est la dernière touche donnée à l’histoire d’un confit que Washington a tenté de surmonter en cherchant à séduire les États d’Asie du sud-est dans les registres de la sécurité, du commerce et du contre-terrorisme. Les analystes cherchent des indices de l’éventuel tournant qu’opérerait la Maison Blanche dirigée par Donald Trump dans l’approche américaine de la région et des revendications territoriales de Pékin dans les mers de Chine méridionale et orientale.

Jonathan London, un spécialiste du Vietnam à l’Université de Leiden, aux Pays-Bas a dit que la visite de Kerry "était importante par son contenu, sa portée symbolique et d’un point de vue personnel".

Alors que la politique asiatique des États-Unis est souvent considérée comme un échec, une de ses réussites indéniables et potentiellement durables a été justement le développement de liens plus chaleureux entre Washington et Hanoï, au point que les anciens adversaires en sont venus à se considérer l’un l’autre comme d’indispensables partenaires stratégiques, même si ce ne fut pas parfois sans difficultés.

M. Kerry devait arriver à Hanoï le 11 janvier pour y rencontrer Nguyen Xuan Phuc, le premier ministre, et Bui Thanh Son, le ministre des affaires étrangères en exercice le 13. Il était prévu qu’il fasse un déplacement dans la province de Ca Mau, dans le delta du Mékong, où il a combattu pendant la guerre dans une unité mobile de bateau mitrailleur, un engagement pour lequel il a reçu des décorations mais qui fut aussi un sujet de polémique lors de sa campagne électorale de 2004 contre George W. Bush.

M. Kerry, qui a fait campagne contre la guerre après son retour aux États-Unis, a joué un grand rôle dans l’administration Obama pour améliorer les relations avec Hanoï. Le président américain a visité le Vietnam l’an dernier et annoncé la fin d’un embargo vieux de 50 ans sur les ventes d’armes à ce pays.

Le port stratégique de la Baie de Cam Ranh s’étend à quelques centaines de kilomètres de groupes d’îles disputées qui font partie des revendications chinoises sur la plus grande partie de la Mer de Chine du Sud. Le Vietnam a consenti de lourdes dépenses pour rénover le port qui était utilisé par les navires de la marine impériale russe au début du XXe siècle, par les navires japonais pendant la seconde guerre mondiale et par les navires américains dans le combat mené pour soutenir le régime du Sud-Vietnam pendant la guerre civile des années 1960 et 1970. Le port fut loué ensuite à l‘Union soviétique et à la Russie après la victoire du Nord-Vietnam communiste en 1975.

Au mois d’octobre dernier, le destroyer John S. Mac Cain et le bâtiment de soutien aux sous-marins Franck Gable devinrent les premiers navires de guerre américains à mouiller dans la baie de Cam Ranh depuis la guerre du Vietnam. Des navires chinois et japonais ont aussi rendu visite au port l’an dernier.

Certains analystes disent que les Vietnam et les États-Unis ont un intérêt stratégique à développer une coopération plus approfondie encore pour leur sécurité malgré une histoire qui pèse encore sur leurs relations. Les objectifs de l’administration Trump en matière de politique étrangère asiatique, restent peu clairs bien que Rex Tillerson, nommé secrétaire d’État par le président élu, ouvert la voie cette semaine à un possible clash diplomatique avec Pékin quand il a affirmé que l’accès aux îles qu’il a aménagées en Mer de Chine du Sud devrait lui être refusé.

Selon Le Hong Hiep, chercheur au think tank de l’Institut Iseas Yusof Ishak, de Singapour, "il est probable que les États-Unis maintiennent leurs efforts en vue d’un rééquilibrage en Asie et que le Vietnam demeure son partenaire clef en matière de sécurité dans la région. Cependant, le Vietnam est quelque peu hésitant quant à cette perspective et ne veut pas s’engager trop vite dans cette voie et continuera de tisser des liens avec d’autres puissances majeures dans la région et à stabiliser ses rapports avec la Chine".
Nguyen Phu Trong, secrétaire général du PC vietnamien au pouvoir, devrait se rendre en Chine au moment même de la visite de M. Kerry, à en croire la presse chinoise. Et Shinzo Abe, le premier ministre du Japon, doit se rendre à Hanoï cette semaine.

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