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Andrej HolmBerlin : démission d'Andrej Holm secrétaire d’Etat au Logement ex cadre de la Stasi

En ligne le 18 janvier 2017

Le 16 janvier à Berlin, Andrej Holm secrétaire d’Etat au Logement de la ville-Etat de Berlin donnait sa démission à la demande, notamment, des associations de victimes du régime communiste est-allemand.

Il vait été nommé à ce poste dans la cadre du gouvernement régional constitué par Michaël Müller, reconduit comme bourgmestre-gouverneur de Berlin, par un vote favorable de 88 sénateurs sur 158 le 8 décembre. En décembre 2014, Michaël Müller avait accédé une première fois à la fonction de bourgmestre dans le cadre de la grande coalition des socialistes et démocrates-chrétiens. Mais, cette fois, il a formé un gouvernement régional R2G rot-rot-grüne, c’est-à-dire incluant les sociaux-démocrates, les écolos et les nostalgiques du régime communiste de l’Allemagne de l’est du parti Die Linke. C'est ce dernier parti qui avait mis en avant pour occuper le poste décisif de secrétaire d’Etat au Logement l’urbaniste très controversé Andrej Holm.

Son départ met fin à un scandale politique qui, soulignait le 17 janvier Nathalie Versieux correspondante de Libération à Berlin, menaçait de faire de l’ombre à toute  hypothèse d’une alliance nationale des sociaux-démocrates avec les Verts et les néo-communistes de Die Linke au lendemain des législatives de septembre.

Lorsque Michael Müller, social-démocrate, avait signé un accord de coalition avec les Verts et les néo-communistes de Die Linke, près de trente ans après la chute du mur, cette alliance avec les héritiers de la dictature Honecker avait fait grincer bien des dents, notamment dans les rangs de la CDU –  partenaire de coalition de Michael Müller jusqu’à l’automne dernier – qui persifle volontiers sur "les chaussettes rouges", surnom peu amène donné sous la RDA aux membres du parti unique SED.

Mensonge originel. Dès mi-décembre, les hostilités se cristallisent sur la personnalité de Andrej Holm, 46 ans, sociologue à l’université Humboldt, proche des milieux d’extrême gauche, ancien squatteur du Berlin-Est des années 1990 et spécialiste de la gentrification.

Holm a été imposé à la coalition par la sénatrice chargée de l’Urbanisme, Katrin Lompscher (Die Linke). Il s'agissait d'incarner la volonté de la nouvelle municipalité de mettre fin à la hausse des loyers et à l’exclusion croissante des couches sociales défavorisées du centre-ville.

Mais Andrej Holm n’avait rien du casting idéal et le passé douteux du sociologue avait refait rapidement surface.

Fils d’un officier de la Stasi, la redoutée police politique de l’ex-RDA, Holm avait écrit dès l’âge de 14 ans sa volonté de suivre les traces de son père. En 1989, il intègre à 18 ans l’école d’officiers de la Stasi. Sa carrière de mouchard au service du régime est interrompue par la chute du mur. Que Andrej Holm ait collaboré avec la police de la RDA n’était pas une chose inconnue  : en 2007, il en avait fait part publiquement, et assuré "regretter" cette page de son histoire.

Andrej Holm fait-il partie du camp des "coupables"  ? Est-il au contraire "victime" de son histoire familiale  ? Les choses auraient pu en rester là. Holm aurait pu devenir la première personnalité ayant travaillé pour la Stasi à participer à un gouvernement régional en Allemagne. Car plus que les faits, ce sont ses réactions face aux accusations qui ont précipité sa chute. A commencer par le mensonge originel, qui lui a permis d’accéder au très envié statut de fonctionnaire, professeur à l’université Humboldt. Comme chaque candidat à un poste de l’administration berlinoise, Andrej Holm s’est soumis, en 2005, à un questionnaire sur son passé sous le régime communiste. Il "omet" alors de citer sa collaboration avec la Stasi, évoquant des déficiences de mémoire pour sa défense. Et lorsqu’il présente ses "excuses" aux victimes du régime vendredi, il est trop tard pour corriger les déclarations maladroites qui ont précédé, comme celle assurant que "la RDA lui avait offert de nombreuses possibilités" ou que "si son fils de 14 ans mange aujourd’hui de la viande et décide à 30 ans de devenir végétarien, ça ne veut pas dire pour autant qu’il ne sera pas un végétarien crédible…"

"Il ne doit pas y avoir de doute" Face à de telles déclarations, le maire de Berlin a longtemps semblé incapable de s’imposer sur son petit partenaire de coalition Die Linke.

Le 14 janvier, Michael Müller a finalement demandé le départ du secrétaire d’Etat  : "Par ses déclarations et interviews, il a montré qu’il n’était pas suffisamment en mesure de procéder à un examen de soi et d’en tirer les conséquences. En particulier à Berlin, qui fut par excellence la ville de la division, il ne doit pas y avoir de doute sur le travail visant à surmonter le passé." Les ratés de la coalition berlinoise en disent en tout cas long sur les difficultés que pourrait rencontrer le chef du SPD, Sigmar Gabriel, si le résultat des urnes en septembre prochain lui permettait d’envisager une alliance avec les Verts et Die Linke. Ce scandale local a provoqué des nouvelles tensions entre ces trois partis. Mardi, leurs dirigeants doivent se retrouver à Berlin pour discuter de leur "coopération stratégique". Quant à Andrej Holm, il lutte maintenant pour la conservation de son poste à l’université. Les représentants des étudiants et une partie de ses collègues ont demandé le maintien de "ce scientifique compétent et engagé". L’université doit décider d’éventuelles sanctions pour "mensonge" lors de son embauche.

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