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les habitants de wukan imposaient la démocratieChine : ils n'ont voté qu'un seul été

20 janvier 2017

La conférence de Davos, ouverte le 17 janvier a donné l'occasion, au chef du régime communiste chinois Xi Jinping, de plaider pour liberté du commerce extérieur. Peut-être a-t-il quelque peu surpris son auditoire. Il est vrai cependant que son modèle de développement reste basé sur les plus-values de l'exportation. Cependant personne ne s'est vraiment levé pour lui rappeler les conditions dans lesquelles [ne] s'exercent [pas] les libertés en Chine.

Depuis 2012 en effet il existait une expérience unique de libéralisation dans la modeste bourgade de Wukan, 13 000 habitants, dans la riche province de Canton. Les paysans de cette bourgade s'étaient dressés à partir de 2011, sous le règne de Hu Jintao, contre les expropriations spoliatrices qui permettaient au maire corrompu, et non élu, d'encaisser de confortables pots de vin.

Fin 2011, la lutte des habitants de Wukan pour recouvrer leurs terres faisait la une de la presse hongkongaise et internationale après la mort en détention de Xue Jin-bo, l’un des leaders des manifestations organisées par les villageois contre leurs dirigeants, coupables d’avoir vendu secrètement leurs terres à des promoteurs immobiliers. À l’époque, l’activité des villageois sur les réseaux sociaux chinois et la couverture de l’événement par des journalistes de Canton et de Hong Kong avaient permis de mettre en lumière ce cas typique de conflit social en Chine contemporaine où, quarante ans après le lancement des réformes de Deng Xiao-ping, l’expropriation des terres reste l’un des sujets principaux de conflit entre paysans et autorités.

La ténacité des villageois et la couverture importante de ces événements par la presse internationale avaient poussé Wang Yang, le secrétaire du parti de la province du Guang-Dong de l’époque, à envoyer son second, Zhu Ming-guo, négocier avec les villageois. Celui-ci avait reconnu la légitimité de leurs exigences et autorisé les élections libres du comité de village, une première en Chine populaire. Même le Renmin Ribao ["Quotidien du peuple"] s’était félicité de la résolution de ce conflit dans un éditorial du 10 janvier 2012 dans lequel on expliquait que "la cause principale de la corruption à Wukan était le manque de démocratie et de supervision. La leçon de cette affaire est que nous devons préserver le rôle central de l’exercice des droits démocratiques et de supervision des villageois, en promouvant avec conviction la gestion démocratique de la politique dans les campagnes".

Ils avaient donc obtenu à partir de 2012, cas exceptionnel en Chine, que leur maire soit élu.

Puis, fin 2013, Xi Jingpin a pris le pouvoir, et au cours de l'année 2016 il s'est employé à détruire ces [petites] libertés et à faire condamner, jusqu'en décembre ceux qui les défendaient.

À la toute fin de l'année 2016, neuf habitants du village ont été condamnés à des peines de prison ferme à l'issue d'un procès expéditif et treize autres attendent de comparaître. L'écho favorable obtenu en 2012 pour leurs revendications auprès des autorités, et l'attention des médias internationaux n'était désormais plus qu'un lointain souvenir.

Décembre 2016 achevait ainsi une année funeste pour le village, puisque Lin Zu-lian, secrétaire de la cellule du parti du village et ancien leader des manifestations en 2012, avait déjà écopé de trois ans de prison en septembre après avoir fait des aveux télévisés. Treize villageois étaient encore détenus en attente de leur procès et la police armée populaire continue de patrouiller jour et nuit dans les rues de Wukan.

Et en janvier 2017 deux discours ont sifflé la fin de la récréation. Pour Zhou Qiang, chef de la Cour suprême, "les tribunaux aux quatre coins du pays doivent cette année se concentrer sur la sauvegarde de la sécurité de l’État et punir sévèrement les crimes tels que la subversion et le séparatisme". Pour Xi Jinping "le gouvernement doit accorder la priorité à la stabilité politique dans un contexte de tensions sociales accrues".

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