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leopoldo lopezVenezuela : prisonniers politiques ou otages ?

24 janvier 2017

Le blog America Latina, sur le site du Monde rappelle aux admirateurs du régime chaviste la réalité du Venezuela, où "Leopoldo Lopez et les prisonniers politiques sont des otages" :

Le 18 février, cela fera, en effet, trois ans que Leopoldo Lopez est emprisonné. L’opposant purge une peine de presque quatorze ans dans la prison militaire de Ramo Verde, à une quarantaine de kilomètres au sud de Caracas. À l’issue d’un procès qualifié de "farce" par l’ONG Human Rights Watch, il a été condamné pour instigation à la violence lors de la manifestation contre le président Nicolas Maduro et pour des réformes économiques et sociales, au cours de laquelle trois personnes étaient mortes, le 12 février 2014 à Caracas.

Or, le 1er décembre 2016, un commissaire du Service bolivarien de renseignement (Sebin), José Ramon Perdomo Camacho, a été condamné à 29 ans et demi de prison pour l’assassinat de l’étudiant Bassil Da Costa, une des trois victimes de février 2014. D’après les images diffusées à l’époque par la presse, ces trois morts n’étaient pas imputables à l’opposition mais à un agent de l’État appartenant à la police politique.

Dans un pays normal, la justice aurait immédiatement relâché Leopoldo Lopez, qui n’avait aucun lien avec l’assassin. Les violences du 12 février 2014 ont été le fait d’agents provocateurs du pouvoir, agissant de leur propre initiative ou en service commandé.

"L’avocat de Leopoldo a saisi la Cour suprême, confie son père, Leopoldo Lopez Gil, de passage à Paris. Mais le Venezuela n’est pas un pays normal. Il n’y a pas de séparation des pouvoirs. La justice n’est pas indépendante. Un des procureurs du procès, exilé depuis, a admis que les magistrats avaient obéi aux ordres de l’exécutif."

Pas de séparation des pouvoirsL’opposant est maintenu dans une tour isolée, à l’écart des autres détenus. Les visites sont restreintes à la famille et aux avocats, sous le contrôle de huit caméras et micros. "Les murmures glissés par Leopoldo à l’oreille de son épouse, Lilian Tintori, ont été diffusés dans le programme de télévision de Diosdado Cabello", le numéro deux du pouvoir, s’indigne Antonieta Lopez, la mère du détenu. Les deux femmes subissent des fouilles au corps intrusives, à nu.

"Lorsque Hugo Chavez [président du pays de 1999 à 2013] a été emprisonné en 1992, à la suite de sa tentative de putsch qui a fait 200 morts, il pouvait recevoir qui il voulait, rappelle Antonieta Lopez. Et il a été amnistié deux ans plus tard." Leopoldo Lopez est considéré comme "prisonnier de conscience" par Amnesty International : l’ONG estime qu’il est incarcéré pour ses opinions politiques.

D’autres dirigeants et élus de Volonté populaire, le parti qu’il a fondé, ont été emprisonnés ou contraints à l’exil pour échapper aux poursuites. "Les prisonniers politiques sont des otages du pouvoir", estime Alfredo Romero, du Forum pénal vénézuélien, un réseau d’avocats qui les défend et soutient les familles. Le président Nicolas Maduro en relâche au compte-gouttes, pour les remplacer par d’autres.

120 détenus politiques aujourd’hui. On dénombre actuellement 120 détenus politiques, dont neuf femmes. Une vingtaine d’entre eux a bénéficié d’ordres de libération émises par la justice, mais le Sebin, la police politique, refuse d’obtempérer. Parmi eux figure l’ancien dirigeant étudiant Yon Goicoechea, qui a les deux nationalités vénézuélienne et espagnole.

Leopoldo Lopez Gil réfute la version officielle qui présente la crise au Venezuela comme un conflit entre la gauche au pouvoir et la droite dans l’opposition. "La politique vénézuélienne a toujours oscillé entre la social-démocratie et la démocratie-chrétienne, explique-t-il. Dans notre famille, on baignait dans une ambiance sociale-démocrate. J’ai travaillé pour le président Carlos Andres Pérez [1974-1979 et 1989-1993], que j’admirais ; j’ai dirigé la campagne de Jorge Olavarria, candidat à la présidentielle de Causa R [extrême gauche] ; mon beau-père a été ministre du président Romulo Betancourt [1945-1948], fondateur d’Action démocratique [le parti social-démocrate] en 1941 ; et mon épouse Antonieta a été la première femme élue à la vice-présidence de PDVSA, l’entreprise pétrolière d’État. Avec les richesses de notre souçs-sol, la redistribution du revenu national a toujours été une obligation au Venezuela."

Volonté populaire est affiliée à l’Internationale socialiste, tout comme Action démocratique.

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