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Drapeau de la république de chineTaïwan sous pression communiste chinoise

En ligne le 13 février

On se souvient de l’appel téléphonique de Donald Trump à la présidente (indépendantiste) de Taïwan, puis de la "leçon" de libéralisme commercial donnée par Xi Jinping au nouveau président américain lors de la dernière réunion de Davos.

Voilà que, ce 9 janvier, les deux présidents affirment que leurs pays doivent "coopérer". Mais jusqu’où une telle coopération peut aller ? On ne peut oublier l’enlèvement récent par les services secrets d’un homme d’affaires de Hong-Kong, ancien leader de la contestation étudiante. Ni le fait que la Chine communiste ne cesse de manifester sa puissance militaire à son pourtour, en Mer de Chine du Sud, comme nous l’avons souligné récemment dans une de nos chroniques. Ni les pressions montantes de Pékin pour empêcher que se développent les relations de Taïwan avec les pays d’Asie du sud-est.

Près de la moitié des marchandises made in Taïwan, connue dans le monde entier pour ses puces d’ordinateur et ses composants électroniques, est exportée vers la Chine, son voisin et son principal partenaire commercial, fait remarquer Ben Bland, correspondant à Djakarta du Financial Times.

Mais l’île, dotée d’un gouvernement qui lui est propre, est déterminée à réduire sa dépendance économique envers un pays qui la considère comme partie intégrante de son territoire. Pour relancer une croissance plutôt molle, Tsaï Ing-wen, la présidente indépendantiste de Taïwan, tente d’approfondir ses relations commerciales et financières avec le Sud-est asiatique.

Aucun gouvernement de la région ne reconnaît formellement Taïwan et Mme Tsaï est confrontée à un énorme défi : celui de persuader ses partenaires officieux de résister aux pressions croissantes de Pékin. "Nous essayons de diversifier notre commerce et nos investissements, mais les pays sont prudents et la Chine essaie toujours de bloquer nos relations avec les autres pays", dit Lo Chih-cheng, un membre du Parti progressiste démocratique au pouvoir, dirigeant du Comité des affaires étrangères.

Selon John Chen, du Bureau économique et commercial de Taïwan en Indonésie, dont l’économie est la plus importante d’Asie du Sud-est, la pression politique de Pékin est un problème constant et l’exclusion par la Chine des accords d’intégration économique régionale est un "grand défi".

La Chine est le plus gros marché pour les produits de Taïwan et compte pour près de 40 % de ses exportations, suivie par l’Asie du Sud-est qui représente 18 % de celles-ci. De nombreux entrepreneurs taïwanais y compris Foxconn., le fabriquant d’iPhone, ont de grandes unités de production en Chine. Depuis l’élection de Mme Tsaï, l’an dernier, Pékin a repris sa guerre diplomatique contre Taïpeh, lui arrachant récemment un de ses 22 alliés officiels restant : la petite nation africaine de Sao Tomé et Principe. Ce qu’a laissé entendre Donald Trump le mois dernier, avant son intronisation comme président des États-Unis : qu’il pousserait en faveur de liens plus étroits avec Taïpeh, a mécontenté Pékin. Et à l’occasion d’une visite du ministre chinois des affaires étrangères au Nigeria, ce pays d’Afrique occidentale a exigé de Taïwan qu’elle ferme son bureau commercial dans la capitale, Abuja.

Il est probable que la Chine intensifie ses pressions sur d’autres pays pour réduire les activités des bureaux de commerce international de Taïwan, dirigés par des diplomates bien que ces bureaux n’aient pas le statut d’ambassade officielle.

L’absence de relations diplomatiques signifie l’impossibilité pour les sociétés taïwanaises de bénéficier d’accords commerciaux bilatéraux ou de traités sur les droits de douane et les investissements, ce qui avantage les investissements concurrents (…)

"Les obstacles peuvent être très importants mais même si le gouvernement ne peut passer outre, le secteur privé le peut", dit M. Chen. Cependant, l’exclusion de Taïwan des grands accords commerciaux comme le Partenariat économique régional en Asie limite sévèrement l’accès de ses entreprises aux marchés. L’absence de liens officiels avec les pays d’Asie du sud-est signifie que les investisseurs taïwanais ne peuvent bénéficier de cette sorte de lobbying de gouvernement à gouvernement sur lequel les sociétés américaines, chinoises et japonaises s’appuient pour surmonter les barrières qu’on trouve dans des marchés émergents comme l’Indonésie.

Les pressions sur Taïwan varient d’un pays à l’autre. Mais les diplomates disent que leurs concurrents chinois protestent chaque fois qu’ils rencontrent des officiels taïwanais de haut rang. L’interférence s’applique souvent à de petites choses comme d’empêcher l’assistance à une conférence internationale ou de pousser des officiels de l’aviation à refuser un créneau d’atterrissage à des compagnies aériennes taïwanaises.

Bien qu’il n’y ait pas de relations diplomatiques officielles avec le Sud-est asiatique, il existe de nombreuses relations commerciales bien établies. M. Chen, qui était ambassadeur à Sao Tomé et Principe, affirme que la coopération avec une grande économie en voie de développement comme celle de l’Indonésie est bien plus importante que celle qui existe avec de nombreux alliés officiels de Taïwan, qui sont surtout de petits pays pauvres comme Palau ou le Guatemala. Plus de 20 000 personnes sont employées dans les 2 000 entreprises taïwanaises et plus installées en Indonésie. HTC et Asus, les fabricants de smartphones, et Cheng Shin Rubber, le fabricant de pneus, projettent d’investir dans des usines indonésiennes en misant sur le faible coût du travail et un grand marché disponible.

Ross Feingold, un analyste du risque politique, avertit cependant que la nouvelle politique de Taïwan en direction du Sud rencontrera des difficultés du fait de l’amélioration des relations des Philippines et de la Thaïlande avec Pékin.

"Il faut être deux pour danser le tango, dit-il. Le gouvernement ne peut rester à Taïpeh, dire qu’il souhaite un meilleur engagement avec le Sud-est asiatique et attendre les effets de ce discours, surtout dans un environnement où les relations de part et d’autre du détroit se détériorent."

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