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errejon au soir de sa défaiteEspagne : La défaite d’Errejon

En ligne le 14 février

Nous proposons ci-dessous, traduite en français, l’analyse que notre ami Antonio Elorza a signée dans El Pais du 11 février 2017 sur le congrès que vient de tenir le mouvement de la gauche radicale espagnole, Podemos. Ce Congrès s’est conclu par la victoire du plus activiste, du plus radical, du plus utopique des dirigeants : Pablo Iglesias. Paradoxalement, cette victoire devrait être un sujet de satisfaction pour Mariano Rajoy, confirmé à son poste de secrétaire général du Parti populaire (centre-droit), en même temps que l’emportait Pablo Iglesias sur Iñigo Errejon. Le radicalisme d’Iglesias inquiétera, menacera mais n’entraînera pas derrière lui une majorité d’Espagnols. On pouvait avoir quelques craintes en revanche avec Errejon et son refus habile du maximalisme.

P.R.

La défaite d’Errejon. L’échec de la stratégie politique de Podemos depuis les élections du 20 décembre 2016 a eu un inévitable impact sur son groupe dirigeant. Iñigo Errejón avait pris la tête de la contestation interne, mais le malaise touchait d’autres membres connus, qui considéraient qu’avec son maximalisme, Podemos avait raté son coup et ainsi permis la remontée électorale et le maintien au pouvoir du PP, le Parti populaire. De plus, son ambition excessive et des maladresses en trop grand nombre – sans compter la radicalisation forcée du fait de son alliance avec IU (les communistes), avait brisé son espoir de "dépassement" du Parti socialiste et donc de la possibilité d’une captation du PSOE à partir d’une offre réelle de collaboration.

L’organisation pyramidale de Podemos, avec son vertige de toute puissance dans les mains de Pablo Iglesias, apparut ainsi comme la clef de ce qui s’était achevé par une fuite en avant, tournant au culte des manifestations et des objectifs "antisystème".

Les deux visions qui découlaient de cette crise, définies par Pablo Iglesias et par Errejón, laissaient augurer quelque chose d’important : la mise en question par Podemos lui-même, de son monolithisme, de la priorité qui y était donnée à la victoire à tout prix, et la prise en compte insistante de la transversalité de ses appuis socio-politiques.

Il n’en a pas été ainsi, puisque, candidat unique au secrétariat général, Iglesias a pu se présenter comme la garantie, elle aussi unique, de la continuité de la ligne politique suivie jusqu’alors, face au vide qui aurait pu résulter de l’acceptation des critiques de son ex-collaborateur, fort explicites de surcroît.

Pour qu’il n’y ait aucun doute, Iglesias rappela qu’il ne resterait pas à la direction si ses positions politiques ne l’emportaient pas à l’assemblée générale. La manœuvre d’Errejón, consistant à changer de politique sans qu’Iglesias risque de perdre, avait ainsi peu de chances de succès.

Elle en avait même d’autant moins qu’Iglesias évita le corps à corps idéologique, préférant se servir de ses collaborateurs les plus proches, comme il le fit depuis le lancement du slogan "Iñigo, comme ça, non !" pour déplacer le conflit sur un plan personnel. Monedero et d’autres dirigeants ajoutèrent que dans les prises de position d’Errejon transparaissait son appétit de pouvoir. La boule de neige grossit ainsi de jour en jour, occultant bien les questions de fond.

Vistalegre 2 (c’est ainsi que ce Congrès était désigné, du nom du quartier de Madrid où il se tenait) s’ouvrit aux cris de "Unité ! Unité !" et le poing serré l’emporta sur le V de la victoire… Pour éviter tout risque, l’organisation donna seulement dix minutes à la défense de chaque rapport politique. Dans ces conditions, argumenter était mission impossible.

Précédé par une oratrice de son bord qui exalta l’unité et la mobilisation permanente, Iglesias réussit à résumer sa proposition centrée sur la conquête du gouvernement en 2020. Il affirme maintenant qu’il a toujours jugé positivement la Transition (post-franquiste), mais que depuis 2007, il en faut une autre ; il faut un nouveau contrat social qui soit à portée de main d’un Podemos uni sous sa direction.

En quoi consistera ensuite le projet d’en finir avec le PP et de gouverner pour "les gens" ? On ne le sait pas. Mais Errejón fut incapable de développer ses critiques, enveloppé – ligoté – qu’il était dans l’atmosphère unitaire. Si bien qu’il ne parla pas de la "triple alliance"(1), critiqua avec tiédeur successivement le PP, Ciudadanos et le PSOE. Puis insista sur la progression irrésistible de Podemos.

Mais pourquoi se lancer dans une rectification de fond si la convergence de l’un et l’autre (en fait la subordination de l’un à l’autre) est acceptée d’avance ?

Antonio Elorza

Note : (1) La "triple alliance" = C’est ainsi que Pablo Iglesias désigne l’ensemble formé par les trois grands partis (PP, PSOE et Ciudadanos) hostiles à Podemos pour aire passer son idée de l’impossibilité de mener un travail utile au sein du Parlement – et donc du privilège à accorder aux luttes sociales et plus généralement au "terrain". Errejon soutient que le refus des institutions dans l’Europe d’aujourd’hui, n’a pas de sens, sinon celui de la nostalgie du Grand Soir. (NDT)

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