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protestation contre le greffes d'organe               La Chine et le trafic des prélèvements d'organes

En ligne le 22 février

La pratique des prélèvements d'organes de condamnés est interdite. Mais en Chine, souligne Harold Thibault dans Le Monde, les experts estiment que des dizaines de milliers de greffes illégales ont lieu chaque année :

À en croire les experts envoyés par le gouvernement chinois aux conférences internationales sur les greffes, ce serait un incontestable succès. Le pays se félicite de mettre enfin un terme à la très controversée récolte d’organes de condamnés à mort. "Depuis le 1er janvier 2015, le don d’organe par des civils volontaires est devenu la seule source légitime de greffes d’organes. C’est toute l’histoire", a ainsi lancé Huang Jiefu, chargé de réformer le système de transplantation chinois, lors d’une conférence organisée par le Vatican le 6 février. Cet ancien vice-ministre de la santé a aussitôt dû reconnaître que les réformes sont en réalité lentes et "très difficiles".

Le nombre d’exécutions de condamnés à la peine capitale est classé secret d’État par Pékin mais, selon la Fondation Dui Hua, qui travaille sur les droits de l’homme en Chine, il s’élevait à environ 2 400 en 2013, soit davantage que l’ensemble des autres pays. Cette situation accablante a longtemps nourri un commerce morbide d’organes. Les délais d’attente sont particulièrement brefs pour les patients qui en ont les moyens : par le biais de chirurgiens biens connectés et de cours de justice corruptibles, ils acquéraient les organes des condamnés. Dans un article publié en 2011 par la revue The Lancet, le même M. Huang estimait que 90 % des organes prélevés sur des défunts (les deux tiers du total) l’étaient sur des condamnés exécutés.

Sous le feu des critiques, la Chine dit donc avoir interdit le recours aux organes de condamnés à mort. "Si leurs réformes sont un succès, pourquoi n’avons-nous pas accès à de vraies preuves ? s’interroge Wendy Rogers, professeur d’éthique médicale à l’université Macquarie de Sydney. Ils ne laissent personne accéder à leurs registres de donneurs, ils refusent de partager les informations qui permettraient d’identifier la provenance des organes. Cela affecte la crédibilité de leurs affirmations."

La Chine profite du vernis de respectabilité que procurent les rendez-vous internationaux sur le sujet. C’est sur son sol, à Hongkong, qu’a été organisé en août 2016 le congrès annuel de la Transplantation Society. Quelques mois plus tard, "l’invitation du Vatican est une réponse aux progrès de la Chine", se réjouissait le 7 février le Global Times, organe officiel.

Incohérence des chiffres. Parmi les affirmations non vérifiées, la Chine soutient que le nombre de donneurs volontaires a bondi de 50 % depuis 2015 – car le nombre de greffes ne s’est pas effondré après l’entrée en vigueur de l’interdiction de recourir aux organes de condamnés, au contraire. Selon les chiffres officiels, la Chine aurait procédé à 15 500 greffes d’organes provenant de 4 000 donneurs volontaires en 2016, contre 10 000 en 2015.

La réticence culturelle des Chinois au don d’organes demeure particulièrement vive. Considérant que le corps est transmis à l’individu par ses aïeux, selon les valeurs confucéennes, beaucoup sont attachés à son intégrité. S’ajoute la corruption généralisée du système de santé, en lequel ils n’ont pas confiance. De sorte que ce pays aux 1,3 milliard d’habitants ne comptait que 80 000 inscrits sur son registre de donneurs en décembre 2016.

Pour le Canadien David Kilgour, ancien député et auteur d’études sur le trafic d’organes en Chine, il est illusoire d’espérer un changement sans exposer auparavant les dysfonctionnements du système. "Tant de gens ont intérêt au statu quo, parce que c’est particulièrement rentable", regrette M. Kilgour, qui estime que l’empire du Milieu pratique en fait plus de 60 000 greffes illégales chaque année grâce aux condamnés.

L’incohérence des chiffres est évidente dans les travaux de recherche de certains docteurs chinois. En 2016, Liver International a notamment retiré un article rédigé par deux médecins d’un hôpital de la ville d’Hangzhou (est). Les auteurs, Zheng Shusen et Yan Sheng, affirmaient que pour leur étude sur les greffes de foie, fondée sur 564 opérations réalisées entre 2011 et 2014, aucun organe ou tissu provenant de prisonniers exécutés n’avait été récolté. Mme Rogers avait sorti sa calculette : en 2012, 28 % seulement des foies de donneurs décédés aux États-Unis avaient pu être récoltés, et 32 % en 2013. En imaginant que la Chine ait un taux similaire, environ 30 % de foies récupérés sur l’ensemble des donneurs, et alors que le pays n’avait recensé que 2 326 dons d’organes sur la ­période 2011-2014, il aurait fallu que cet hôpital, un parmi d’autres dans une capitale provinciale, se soit vu attribuer 80 % des organes donnés dans le pays pour que l’affirmation des chercheurs soit véridique. Peu probable, conclut Harold Thibault.

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