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héritage de la Révolution bolcheviqueSur l'héritage de la Révolution bolchevique

En ligne le 8 mars

Le 8 mars étant, comme chacun devrait le savoir l'anniversaire de la Révolution dite de Février, l'historienne Françoise Thom répond à la question posée par le site Atlantico : quel est aujourd'hui 100 ans après la révolution russe, l'héritage de cet épisode historique est toujours présent. Ce moment d'histoire a participé en effet au modelage de la Russie et du monde actuel.

Atlantico  : La révolution russe fête son centenaire en cette année 2017. Quelles ont été les conséquences à long terme d'octobre 1917 sur le monde aujourd’hui, du point de vue politique et géopolitique ?

Françoise Thom  :: Le régime bolchevik a été mis en place pour réaliser un projet idéologique. Dans l'esprit de Lénine et de ses successeurs, l'État soviétique était avant tout l'instrument de la révolution mondiale, le socialisme construit en URSS avait vocation à s'étendre à la planète entière, à détruire tout ce qui n'était pas communiste, les États, les frontières, l'ordre social, les religions. Les conceptions occidentales de l'ordre international, concert européen, équilibre des puissances ou internationalisme wilsonien, ne sont plus opérantes face à la puissance de subversion qui émerge à l'Est, même si les Occidentaux ne s'en rendent pas toujours compte.

L'onde de choc en Europe entraînera l'émergence des régimes fascistes et du nazisme. L'action du Komintern, "l'état-major de la révolution mondiale", créé en 1919 par Lénine, imposera la scission du mouvement ouvrier en Europe et accélérera la décomposition des empires coloniaux, en attisant durablement la haine de l'Occident dans les pays dits du Tiers-Monde - cette haine de l'Occident qui alimente l'islamisme d'aujourd'hui est aussi le résultat de soixante ans de propagande kominternienne, on l'oublie souvent.

Après la Deuxième guerre mondiale la volonté de Staline d'étendre la domination soviétique en Europe et au Moyen-Orient a incité les États-Unis à renoncer à leur isolationnisme, à mettre en place la politique d'' "endiguement" et à se transformer en puissance mondiale. L'OTAN incarne alors la solidarité des démocraties libérales face à la menace soviétique. La guerre froide s'étend également en Amérique Latine, au Moyen-Orient, en Afrique et en Asie, où les États-Unis cherchent à pratiquer l'endiguement, avec moins de succès qu'en Europe.

Atlantico  : Quelle fut l'influence en Occident des opposants au régime communiste ? En quoi l'expérience du "socialisme réel" a-t-elle marqué l'évolution des esprits dans les pays occidentaux ?

Françoise Thom  :: C'est le sentiment de valeurs partagées, voire d'une morale commune, qui a longtemps maintenu la cohésion du monde occidental. Les écrits des dissidents soviétiques et Est-européens, la révélation des horreurs du régime communiste ont mis fin à la vogue du marxisme dans nos universités et ont rappelé aux Occidentaux le prix de la liberté et de l'État de droit.

Atlantico  : Pourquoi la disparition de l'Union Soviétique n'a-t-elle pas débouché sur "la Fin de l'Histoire" annoncée par Francis Fukuyama ? Pourquoi semble-t-elle au contraire aboutir à une déstabilisation mondiale ?

Françoise Thom  :: La disparition de l'URSS, loin d'amener le triomphe universel des régimes démocratiques, a fait perdre de vue aux Occidentaux que la civilisation est fragile et qu'elle demande un effort continu. Bien des traits du régime socialiste soviétique ont essaimé dans le monde occidental : égalitarisme poussé à l'absurde, cynisme, corruption, langue de bois, déclin de l'expertise, travail bâclé, charlatanisme au lieu de savoir. Faute d'un repoussoir présent devant nos yeux nous ne prenons pas garde à ces tendances corrosives qui minent nos sociétés. La réforme en Chine, l'effondrement de l'URSS ont donné un coup d'accélérateur à la mondialisation. Mais à cause de la socialisation croissante de nos sociétés cette mondialisation ne semble plus jouer en faveur des nations occidentales, États-Unis compris. Le mouvement de rejet de la globalisation qui résulte de cette perception pourrait entraîner la disparition de tout l'ordre de l'après-guerre, l'avènement d'un monde sans règles où l'homme est un loup pour l'homme, où règne la loi du plus fort.

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