logo ihs

pascal bruckner et georges bensoussanDouble victoire du véritable antiracisme face au communautarisme

En ligne le 13 mars

Le Tribunal correctionnel de Paris a relaxé Pascal Bruckner et Georges Bensoussan, accusés respectivement d'islamophobie et de provocation à la haine. Caroline Valentin, estime que ces "décisions salutaires" doivent mettre fin à la dénaturation de la lutte contre le racisme.(1)

En relaxant successivement Pascal Bruckner et Georges Bensoussan, le Tribunal correctionnel de Paris a redonné ses lettres de noblesse à la lutte contre le racisme et au-delà de celle-ci, à la notion de débat d'idées. Ces décisions salutaires viennent mettre un point que l'on espère final à la dénaturation calamiteuse dont le concept même de lutte contre le racisme, pourtant a priori plutôt élémentaire, faisait l'objet jusque-là dans le débat public, et à l'instrumentalisation de la justice par les associations communautaristes pour réduire leurs opposants au silence. Il est aujourd'hui clair que dénoncer l'intolérance, fut-elle le fait d'une minorité, ne constitue ni du racisme, ni de la diffamation. On est surpris qu'il ait fallu attendre aussi longtemps pour se l'entendre dire, en termes enfin clairs.

Ce rappel est d'autant plus salutaire que l'évidence en question n'en est aujourd'hui pas une pour tout le monde. La lutte contre le racisme a été tellement dévoyée que toute une partie de l'élite médiatique, politique et intellectuelle, dont le rôle premier est pourtant de penser ces concepts et de participer à leur nécessaire actualisation, en est arrivée à considérer qu'en matière de racisme et d'intolérance, la sévérité requise contre la population majoritaire n'était pas applicable à l'encontre des minorités. Considérées comme des victimes éternelles d'une ségrégation sociale que d'aucuns n'ont pas hésité à assimiler à l'Apartheid, leur manifestation de haine, leurs violences, leurs outrances sont analysées comme l'expression d'une souffrance qui justifie tout ou presque et les dispense de la maîtrise de soi pourtant indispensable à la vie en collectivité. Il s'agit en définitive d'effectuer une partition de l'humanité en deux groupes sur un critère ethnique, distinguant ceux qui peuvent et donc doivent gérer leur impulsivité et ceux que l'on dispense de cette exigence. Ainsi aboutit-on à créer, au nom de l'antiracisme, une distinction quasi anthropologique entre les citoyens ; l'Enfer est décidément pavé de bonnes intentions.

Ce postulat idéologique affecte jusqu'aux enquêtes de la pourtant très respectée Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme (CNCDH). Cette dernière, qui dispose d'un mandat législatif pour l'exercice de sa mission, produit chaque année un rapport annuel sur le racisme, l'antisémitisme et les discriminations qui reçoit un large écho dans la presse. Comme l'explique toutefois Michèle Tribalat dans le livre Une France soumise. Les voix du refus publié en janvier dernier, dirigé par Georges Bensoussan, préfacé par Elisabeth Badinter et dont je suis coauteur, les rapports de la CNCDH n'étudient que le racisme de la majorité vis-à-vis de la minorité : dans le rapport publié en 2016, les auteurs indiquent "qu'il s'agit au premier chef des attitudes du groupe majoritaire à l'égard des différentes minorités qui composent la société, mais elles peuvent concerner les perceptions entre groupes minoritaires". Le racisme des minorités à l'égard du groupe majoritaire est donc exclu d'emblée. Par exemple, l'une des questions - posées à toute la population, minorités comprises - du sondage sur lequel repose l'analyse de la CNCDH est de demander aux sondés s'ils estiment qu'il est grave "d'être contre le mariage de ses enfants avec une personne d'origine maghrébine". Une réponse positive à cette question - oui, il est grave d'être contre le mariage de l'un de ses enfants avec un(e) maghrébin(e) - sera interprétée comme un signe de tolérance, y compris si le sondé est lui-même maghrébin.

Outre son fondement raciste, les conséquences de cette vision de la société reviennent à abandonner l'idée d'inculquer à toute une partie de nos concitoyens un interdit aujourd'hui inhérent à l'identité culturelle française, revenant à leur fermer les portes d'une intégration à la Nation sans laquelle une vie paisible et heureuse en France est en pratique impossible.

Pourtant, il est possible de changer ses repères culturels. La France elle-même a fait ce chemin nécessaire vers l'interdit de l'essentialisation. Jusqu'à la première moitié du XXe siècle, la société française était pénétrée d'un antisémitisme bon teint illustré notamment par la désolante affaire Dreyfus ; une personnalité aussi éminente que Coco Chanel pouvait tranquillement y déclarer qu' "il existe trois catégories : les Juifs, qui sont mes amis que j'adore et je l'ai prouvé, les Israélites, dont il faut se méfier comme de la peste, et les Youpins, qu'il faut exterminer tout de suite" sans déclencher d'indignation particulière. Mais la guerre et la Shoah sont arrivées et ont conduit les civilisations européennes qui avaient participé au conflit, et notamment la France, à se remettre profondément en question et à aboutir à ce qu'aujourd'hui, la condamnation du racisme, de l'antisémitisme et de toute autre forme d'essentialisation soit partie intégrante de notre identité culturelle.

Force est de constater qu'une partie de notre population issue de l'immigration, venant de cultures différentes avec leurs propres trajectoires historiques et arrivée en majorité bien après la Seconde Guerre mondiale, n'a pas intégré ces interdits. Pour différentes raisons - un prisme idéologique de gauche reposant sur une division binaire simpliste de l'humanité entre oppresseurs et opprimés, un mondialisme arrogant, un électoralisme cynique, une tendance culturelle à l'évitement des conflits, une médiocrité patente, -, l'élite intellectuelle, les acteurs de la lutte contre le racisme, les responsables politiques et l'École, qui n'est finalement que l'émanation de la société, n'ont à cet égard clairement pas rempli leur rôle. La propagande d'un islam politique offensif et agressif a prospéré sur ces indulgences, ces évitements et ses compromissions. L'enclavement géographique d'une partie de ces minorités, pas uniquement subi quoi qu'on en dise, les prive d'une expérience de l'Autre qui leur permettrait de réaliser l'illégitimité de leur haine. L'attachement traditionnel de ces minorités à l'islam comme référent culturel personnel les rend particulièrement réceptifs à un discours habile qui instrumentalise la religion et les hommes au service d'objectifs beaucoup plus politiques que spirituels, comme en témoigne par exemple l'ex Frère Musulman Farid Abdelkrim. Enfin, l'individualisme qui règne en France comme dans toutes les sociétés occidentales neutralise peu à peu le contrôle social, c'est-à-dire l'ensemble des réactions spontanées d'approbation ou de réprobation des individus dans l'espace public. Toute tentative de contenir l'expression du moi dans les limites de la décence commune est vue comme une insupportable atteinte aux droits et libertés fondamentaux. (...)

(!) Caroline Valentin est coauteur de Une France soumise, Les voix du refus ed. Albin Michel

→ Lire la suite de cette tribune sur le site du Figaro

.

Revenir au fil de nos chroniques
→  Recevoir nos mises à jour

Tweet