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une carte du monténégro Monténégro : Un coup fourré de Vladimir Poutine

En ligne le 21 mars

Dans son numéro du 10 mars dernier, le Financial Times, par la voix d’Andrew Byrne, nous rappelle que les coups fourrés de Vladimir Poutine en Europe ne sont pas réservés aux seuls Ukrainiens mais s’inscrivent dans une stratégie d’hostilité générale à l’Union européenne et à l’Otan.

C’est ainsi que des politiciens du Monténégro  favorables à la Russie accusés d’une tentative (sans succès) de coup d’Etat  effectuée le  16 octobre 2016 avec le soutien du Kremlin pour empêcher le pays de se joindre à l’OTAN, préparent maintenant – ou disent préparer ? - un référendum non autorisé pour  que s’exprime l’hostilité publique à l’alliance militaire.

Ces efforts vont accroître les craintes de voir la Russie soutenir toute initiative pour faire renoncer certaines régions des Balkans à une  plus grande intégration à l’Occident, en particulier en soutenant des idéologues et des groupes nationalistes militants.

"Le Monténégro est devenu un champ d’expérience pour une confrontation entre la Russie et l’Occident" selon Milan Knezevic, un des parlementaires monténégrins soupçonnés d’avoir dirigé le complot d’octobre. Avec Andrija Mandic, un autre membre de l’opposition, il est accusé par le procureur général du Monténégro d’avoir, en lien avec le complot, d’avoir formé un groupe criminel chargé de perpétrer des attaques terroristes le jour des élections du mois d’octobre 2016.

"Nous voulons organiser un referendum populaire consultatif qui montrera l’hostilité de la plupart des gens à l’Otan," a déclaré au Financial Times Milan Knezevic dans son son bureau décoré d’icones orthodoxes et de tableaux, peints à l’huile, du général Joukov.

L’instabilité de ce pays de moins  de 700 000 habitants est une des nombreuses préoccupations que les dirigeants de l’Union européenne peuvent éprouver en matière de sécurité dans les Balkans au moment où Moscou accroit ses efforts pour regagner de l’influence dans la région (…)

Les juges monténégrins en charge du dossier affirment qu’ils ont les preuves que des "structures nationalistes" russes – y compris des officielles – ont orchestré la tentative de coup d’Etat du mois d’Octobre dernier, et qu’ils voulaient provoquer des affrontements de rue, envahir le Parlement et assassiner Milo Djukanovic, alors premier Ministre en exercice.

Moscou a qualifié cette version officielle des faits d’"absurde" et de "provocation"(1). Knezevic et Mandic affirment même pour leur part que ces allégations font parties d’un stratagème motivé politiquement pour emprisonner les leaders de l’opposition. Les deux hommes sont à la tête du Front démocratique, parti allié à "Russie unie", le parti de Vladimir Poutine (…). Mandic confirme son soutien au projet de referendum non-officiel sur l’adhésion à l‘Otan si le gouvernement en refuse un officiel, ce projet faisant évidemment écho à l’usage de référendums illégaux par les séparatistes pro-russes il y a trois ans, en Crimée et en Ukraine orientale dans le but de mettre en cause la souveraineté ukrainienne.

Les dirigeants monténégrins ont souvent balancé entre allégeance à la Russie et à l’Occident depuis la guerre de 1999. Mais ils ont cherché  à être membres de l’Union européenne et de l’Otan depuis leur indépendance en 2006. En 2008, le gouvernement du Monténégro renforça d’ailleurs la légitimité de ses lettres de créance en reconnaissant la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo.

Le gouvernement du Monténégro tente d’obtenir un vote du Parlement qui approuve son projet de rejoindre l’Otan. L’accession à l’Alliance serait ensuite confirmée au sommet de l’Otan de mai 2017.

Quelques obstacles subsistent cependant : les Pays-Bas, l’Espagne et les Etats-Unis, membres de l’Otan, doivent ratifier leur accord à l’accession du Monténégro comme membre avant le sommet du mois de Mai. La demande d’adhésion est aussi confrontée au scepticisme de nombreux citoyens qui se souviennent des bombardements de l’Otan durant sa campagne contre le leader serbe Milosevic. "Ils nous ont bombardé en 1999 et maintenant ils ne permettraient pas à notre peuple de voter sur l’adhésion ou non à l’Otan" ? Telle est la question posée par Marko Milacic, un partisan du maintien de la neutralité qui se félicite du retour de la Russie dans les Balkans comme "rééquilibrage" après des années de tutelle occidentale. Pour M. Knezevic, "le résultat du referendum pourrait servir de base pour changer de gouvernement et, après le mois de mai, un referendum officiel nous sortirait de l’Otan."

L’opposition est-elle prête à organiser ce référendum illégal ou s’agit-il seulement d’une menace ? Ne cherche-t-elle pas à provoquer de l’agitation et la répression policière ? Naturellement, le gouvernement fera tout pour ne pas tomber dans ce piège.

Les opposants à l’Otan ont trouvé des encouragements dans les résultats de l’élection présidentielle américaine et dans l’engagement croissant de la Russie dans les Balkans mais selon les experts de la région auxquels renvoient l’article, il est peu probable qu’ils parviennent à empêcher l’entrée dans l’Otan. C’est une affaire réglée aurait même déclaré un ambassadeur occidental.

Des représentants officiels de trois alliés importants de l’Otan – ils ne sont malheureusement pas désignés plus précisément dans l’article - ont confirmé que pour leur gouvernement, l’affaire d’Octobre était orchestrée par le Kremlin. Certains pensent que l’intention était d’empêcher  l’Otan de contrôler le port de Bar, stratégiquement important, sur l’Adriatique.

Au moins deux Russes sont accusés d’avoir organisé cette tentative de coup d’Etat depuis la Serbie voisine pour le compte du GRU, les services de renseignements militaires,  avant qu’ils quittent Belgrade pour Moscou.

Note : (1) Les "groupies" de Poutine,  en France, reprirent la thèse russe d’un "coup d’Etat bidon". Mais il faut reconnaître qu’un journal suisse sérieux, comme Le Temps était à l’époque quelque peu dubitatif sur ce qu’il appelait un "mystérieux coup d’Etat".

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