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La proposition n° 62 de La France insoumise

En ligne le 10 avril

Jean-Luc Mélenchon et Hugo chavezLa mesure figure noir sur blanc dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Dans sa proposition n°62, le candidat de la France insoumise à la présidentielle propose de "construire des coopérations altermondialistes et internationalistes". S'il arrive à l'Elysée, l'eurodéputé préconise donc d'"instaurer une politique de codéveloppement avec l'Amérique latine et les Caraïbes en adhérant à l'ALBA", l'Alliance bolivarienne pour les Amériques.

Un possible changement de cap diplomatique ? Le journaliste Patrick Cohen a interrogé Alexis Corbière, porte-parole de la France insoumise, sur la plateau de "C à vous" sur France 5, ce 10 avril. Et l'échange a été pour le moins tendu entre les deux hommes.

"Vous sortez du Traité européen, vous sortez de l'OTAN, vous sortez de l'OMC mais la France ne reste pas seule, a lancé le journaliste à son invité. Nous adhérons à l'Alliance bolivarienne dont les principaux pays membres sont Cuba et le Venezuela et les pays observateurs, la Russie et l'Iran... (...) Vous voyez bien le symbole. Vous voulez sortir de l'OTAN pour faire une alliance avec des pays comme le Vénézuela, l'Iran ou la Russie."

Le porte-parole de la France insoumise n'a visiblement pas apprécié d'être interrogé sur le sujet. "J’aimerais, chaque fois que l’on se parle cher Patrick Cohen, ne pas être obligé de (...) me justifier sur ces pays-là qui ne sont pas mes modèles", a répliqué Alexis Corbière.

"Ne dites pas que je vous harcèle avec ça, personne ne lui parle de ça à Jean-Luc Mélenchon, a répondu Patrick Cohen à son interlocuteur. Ce n'est pas une agression."

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La lettre de campagne de Laurent Joffrin
"Mélenchon le Libertador"

in Libération du 14 avril

Ce n’est plus une politique étrangère : c’est une politique exotique. Méditant un tournant stratégique pour le pays, Jean-Luc Mélenchon prévoit dans le point 62 de son programme de faire adhérer la République française à l’Alliance bolivarienne des Amériques, obscure coalition montée en 2005 par le Venezuela, Cuba et une poignée d’autres îles des Caraïbes, avec le soutien de la Russie et de l’Iran, pour faire pièce aux menées de l’impérialisme yankee. Elle tient son nom de Simon Bolivar, le «Libertador», héros de l’indépendance latino-américaine.

On ne saurait sous-estimer l’importance du projet. Notre Libertador à nous envisage de quitter ces deux organisations marginales et obsolètes que sont l’Otan et l’Union européenne, qui sont décidément peu de choses à côté de cette Alliance bolivarienne vouée à un avenir radieux. La France échappera ainsi à l’oppression américaine pour nouer des liens étroits avec ces démocraties impeccables que sont la Russie et l’Iran. Elle sortira surtout d’un tête-à-tête stérile avec l’Allemagne dominatrice pour se concentrer sur ses relations nouvelles et prometteuses avec les îles Saint-Kitts et Nevis.

Le commandante Che Mélenchon pose un regard tout aussi neuf sur les autres domaines de la politique mondiale. La crise syrienne, par exemple, n’a pas grand-chose à voir avec la révolte populaire contre la dictature féroce du clan Assad, l’acuité de l’affrontement chiite-sunnite ou encore la folie fanatique de l’Etat islamique. Elle découle principalement d’une bataille entre puissances impérialistes pour le contrôle de trois pipelines régionaux, comme on le voyait déjà dans Tintin au pays de l’or noir. Aucun de ces pipelines n’existe et ils ont peu de chances de voir le jour. Deux d’entre eux ont un tracé qui ne passe pas par la Syrie. Mais enfin, seuls les esprits faibles peuvent s’y tromper : les ruses de l’impérialisme sont infinies.

De même il faut cesser d’importuner sans cesse ce brave Poutine, si accommodant quand on ne le provoque pas en critiquant l’assassinat de journalistes, la tentative de déstabilisation de l’Ukraine ou les quelques massacres qu’il a pu commettre par inadvertance en Tchétchénie. Au contraire, dans une envolée gaullo-trotskiste, le général Mélenchon propose une conférence européenne de l’Atlantique à l’Oural, destinée à négocier des amendements de frontières sur le continent. La plupart des spécialistes de politique internationale estiment que c’est faire un cadeau somptueux à la diplomatie poutinienne et ouvrir une boîte de Pandore, rappelant que les deux guerres qui ont ravagé le continent sont nées de la volonté de l’un ou l’autre de remettre en question les frontières. Mais ce sont considérations conformistes et crypto-atlantistes…

Mélenchon a enfin soutenu continûment le pouvoir vénézuélien, composant ode sur ode à Hugo Chavez et à ses successeurs. Ces louanges ont été mises en sourdine depuis que le pays a sombré dans le chaos. Le régime chaviste, de plus en plus autoritaire, a réussi le tour de force d’instaurer, sur fond d’hyperinflation, une grave pénurie des produits de première nécessité au Venezuela, notamment des médicaments, alors qu’il est assis sur les plus grandes réserves pétrolières au monde. L’évolution du Venezuela rappelle cette vieille blague anticommuniste : le Parti communiste prend le pouvoir au Sahara ; première année, il ne se passe rien ; deuxième année : pénurie de sable. Drôle de modèle, tout de même…

Et aussi

• Le suspense sondagier devient infernal. Dans plusieurs enquêtes, le score virtuel des quatre favoris s’étale entre 19% et 22%. Comme la marge d’erreur est supérieure à 2%, ils ont en fait sur la même ligne. Un tiers des Français n’ont toujours pas décidé pour qui ils allaient voter, et même s’ils allaient voter tout court. Le week-end de Pâques laissera un répit pour réfléchir. Tempête sous un gigot.

• Certains responsables LR promettent à François Fillon «le goudron et les plumes» s’il est éliminé au premier tour. Peut-être fallait-il réfléchir quand il était encore temps de remplacer le candidat accusé. Maintenant, il est trop tard : le goudron et les plumes seront pour tout le monde.

• La justice française a demandé il y a deux semaines la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen. «C’est la procédure normale»,a répliqué la cheffe du FN. Ce qui est moins normal, c’est qu’à la différence de François Fillon, elle refuse de se rendre à la convocation des juges.

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